Amster, maître du graff

Le graffeur girondin ne manque pas de projets et enseigne son savoir-faire auprès des jeunes. Interview entre deux graffitis.

Censurés, coloriés, sabordés, explosés à coups de pioche quand la censure ne reste pas de pierre, les graffitis se sont réinventés au fil de l’Histoire. Dans la Vallée des rois en Egypte ou sur les parois de grottes préhistoriques, les dessins trouvent leur origine dans la culture, sans qu’aucune réglementation n’ait été imposée aux intervenants.

Alors que Zorro signe son célèbre « blaze¹ », un Z à la pointe de l’épée, une nouvelle génération découvre de nouvelles techniques avec les peintures acryliques en aérosol. Ainsi, le street art brosse une révolution colorée, inventive et dynamique.

AMSTER est un de ces graffeurs discrets qui transmet aujourd’hui son savoir-faire grâce à l’association girondine Brisc’Art qu’il a créé avec deux amis. La mission des trois Mousquetaires est d’intervenir dans les écoles, lycées, mais aussi dans les maisons de jeunes. Définir l’art et l’artiste ne se fait pas en quelques lignes, alors privilégions un entretien le temps que la peinture sèche.


Interview de AMSTER

Chroniclepost : Peux-tu nous expliquer la signification de ton nom de street artiste ? Comment et pourquoi l’as-tu choisi ?
Amster : Ce blaze remonte au tout début de mon intérêt pour le graffiti, vers mes douze ans par là, c’était sur feuille je me souviens, j’apprenais à travailler mes lettres et puis j’avais choisi d’écrire « MASTER ». J’étais tellement concentré que c’est à la fin de mon dessin que je me suis aperçu que j’avais inversé le M et la A, pourtant je ne suis pas dyslexique que je sache ! Du coup, ça m’a fait rire et puis c’est resté comme ça.

Chroniclepost : Comment définirais-tu ton style ?
Amster : Je suis assez élémentaire dans mon style, je fais du simple et efficace. J’aime faire du lettrage, même si cela ne fait pas très longtemps que je peins, je dessine depuis très longtemps et le graff m’apporte des techniques que je ne retrouve pas dans le dessin sur feuille ou toile. Après, j’ai fait aussi des personnages et fresques, c’est une autre façon de peindre que j’apprécie de plus en plus.

« Une envie de dessiner sur tout et n’importe quoi… »

Chroniclepost : Quelles ont été tes différentes écoles artistiques ?
Amster : La seule école artistique que j’ai faite c’est les cours d’Arts plastiques durant mon parcours scolaires au collège et lycée ! Donc non, pas d’école d’Art ou autres, juste du travail chez moi et une envie de dessiner sur tout et n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand !

Chroniclepost : Quel est ton artiste préféré ?
Amster : Je n’ai pas vraiment une adoration pour un artiste en particulier, mais j’aime des artistes comme l’énigmatique Banksy, ses peintures qui dénoncent et provoquent me plaisent. Je trouve aussi cool d’observer les peintures d’artistes comme Jace et ses Gouzous, tout comme celles de Mr Poulet à Bordeaux, j’aime les mises en scène de personnages. Il y a également Invader, connu pour ses mozaïques, c’est toujours sympa d’en voir par ci par là. Sur Bordeaux, nous avons la chance d’avoir un panel d’artistes variés, je ne pourrais pas tous vous les citer, mais le graffiti prend une autre image que celle que nous lui avons toujours plus ou moins donnée…

Chroniclepost : Quels sont tes outils ?
Amster : Je travaille principalement à la bombe et à la peinture acrylique quand je fais des peintures murales, sinon je dessine aussi aux marqueurs et feutres selon les différents supports que j’ai sous la main.

« Nos graffs sont des œuvres »

Chroniclepost : En tant qu’artiste, quel est ton regard sur le street art de nos jours ?
Amster : Comme je le disais plus haut, le graffiti prend une autre dimension. À l’époque où je me suis intéressé au mouvement, c’était vraiment le côté « illégal et vandale » qui était reconnu. Maintenant les mentalités ont changés, de nos jours on parle de street art. Une expression qui définit bien que le graffiti est devenu un art. Les graffeurs sont devenus des artistes, nos graffs sont des œuvres. C’est difficile de se dire qu’on fait parfois des peintures illégales et à l’inverse, on nous fait apparaître comme artistes.

Chroniclepost : Quelle est la place du graffiti dans ta vie ?
Amster : Le graffiti m’apporte énormément artistiquement et personnellement. C’est enrichissant, quand je croise d’autres graffeurs, sur les festivals, en me promenant ou tout bonnement quand je pars peindre, j’apprends auprès d’eux. Je suis assez solitaire et réservé, donc je n’ aime pas trop me mettre en avant, on m’a lancé dans le grand bain sur un festival il n’y a pas si longtemps et le résultat en valait la peine. Du coup ça me permet de pouvoir faire ce que j’aime, pour des gens qui s’intéressent ou qui découvrent cet art. Quand je vois les retours positifs des personnes sur mon travail, c’est une satisfaction personnelle qui apporte du baume au cœur.

« Je me dit qu’à leur âge, j’aurai aimé avoir ce genre d’atelier à l’école »

Chroniclepost : Quels sont tes futurs projets artistiques ?
Amster : Pour le moment avec la pandémie, beaucoup de festivals ont dû être annulés ou reportés. De ce fait j’ai profité du confinement pour peindre à la maison. Je participe également à droite, à gauche à des concours. Toujours par plaisir de dessiner. Après, à côté de ça, j’ai monté avec deux amis une association (Brisc’Art) qui a pour objectif d’intervenir dans les écoles, lycées, maisons de jeunes, foyers. On fait des initiations graffiti, qui permettent aux jeunes de s’essayer à la peinture à la bombe, c’est important aussi de pouvoir montrer la complexité de cet art et de leur apprendre certaines techniques. Je me dit qu’à leur âge, j’aurai aimé avoir ce genre d’atelier à l’école. C’est pour cela que cette association me tient à cœur, surtout quand nous voyons la fierté de ces enfants lors du résultat final de leurs créations.

Cultura organise le concours 'graff en live'
C’est le moment pour encourager et voter pour Amster jusqu’au 6 juin (L’inscription sur le site de Cultura prend moins de 5 minutes). Votez maintenant !

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Pour contacter l’association Brisc’Art, c’est par ici : association.briscart@gmail.com


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¹Les graffeurs se font connaître en apposant leur signature, communément appelée « blaze ». © Visuels avec l’aimable autorisation de AMSTER.